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Moi,
Georges de La Tour, peintre fameux
Jean Henrion

Georges de La
Tour naquit dans la ville de Vic-sur-Seilles, en Lorraine, à
la fin du XVIe siècle. Il fut formé à Nancy, alors
foyer d'un important rayonnement artistique. D'où lui vient son
inspiration ? Quel était son état d'esprit dans ses moments
de création ?
Alliant fiction
romanesque, intelligence des oeuvres et connaissances historiques, cet
ouvrage est le premier qui tente de répondre à ces questions.
L'auteur replace l'artiste dans son milieu et dans son époque,
ressuscite nombre de personnages historiques que le peintre a dû
connaître, mais cherche aussi à révéler le
parcours intérieur de celui-ci en évoquant sa lutte incessante
contre les tourments de son âme.
Tout en suivant
Georges de La Tour dans son quotidien, un quotidien qui côtoie
et atteint souvent un puissant mysticisme, on peut découvrir
de nouvelles manières de lire certaines toiles, notamment le
Tricheur à l'as de carreau. Plonger dans l'univers de ce peintre,
c'est toucher quelque chose de la divinité. Charles IV de Lorraine
ne disait-il pas : "Dieu a bien de la chance d'être servi par
un de La Tour..." ?
Extrait
:
Je suis né dans
un pays d'étang, un pays où nichent quantité d'oiseaux.
Le soleil, qui longe en permanence ces pièces d'eau, perd son duvet
d'or sur les surfaces lisses et métalliques. La vie semble douce
en ces lieux. Elle l'est. On voudrait ne jamais mourir.
Malheureusement, nous ne sommes pas seuls ; il y a les autres...
Mes années d'enfance se sont déroulées entre ma mère,
Sybille, ma grand-mère et les domestiques. Une grand-mère
qui, le soir, nous contait des histoires, peuplant mes nuits de monstres
et de fantômes. Des bêtes à dix cornes, des ours à
tête d'hommes, des chevaux bleus, mais encore toutes sortes de chimères
apparaissent sous ses mots rapiécés.
Quant à mon père, Jean, de son prénom,
c'était un homme blond et immense comme une cathédrale, qui
traversait le paysage de ma jeune existence par alternance. Il ne me regardait
jamais et cette indifférence ajoutait à mon sentiment de solitude.
Pourtant, c'était ainsi. J'étais seul
; un garçonnet infiniment seul, aux cheveux roux, aux yeux bleu-gris,
aux membres malingres... Le diable, pour mes frères et sÛìurs,
donc, sans arrêt conspué, ridiculisé.
Je partageais avec mes frères un grand lit
en sapin qui faisait face à une mystérieuse alcôve aux
rideaux tirés, où couchaient mes parents. Je surprenais ainsi,
souvent, le lever de mon père très tôt le matin, alors
que la nuit était encore là. Il était l'un des boulangers
de Vic, et se devait de fournir aux soldats cantonnés près
de chez nous du pain frais à leur réveil. L'installation de
cette garnison avait été une aubaine pour lui car, avant ma
naissance, nous étions bien moins riches.
Il approvisionnait également Monseigneur
de Givry, notre évêque, dont la réputation était
celle d'un homme humble et compatissant pour le peuple.
Ainsi, dès que le Bègue faisait sonner
la troisième heure de la nuit, mon père sautait à bas
de son lit et se glissait dans ses hauts-de-chausses.
Il commençait par préchauffer le four.
De ma couche, j'apercevais cette gueule incandescente, demi-lune orangée
se découpant dans l'obscurité. Je la regardais, la fixais,
jusqu'à m'en user les yeux, écoutant le ronflement de sa flamme.
Elle m'évoquait la prunelle d'un chat énorme ronronnant dans
la nuit.
J'entrevoyais par instants les silhouettes des apprentis
qui allaient et venaient dans cette lueur rougeâtre. Ils s'activaient,
prenant un peu de levain conservé dans un pot en grès, s'emparant
des seaux de bois qui contenaient la farine de froment et de l'eau ou les
reposant sur le sol. Bientôt, l'odeur voluptueuse de la pâte
à pain se répandait dans l'antichambre.
Etendu dans mon lit, j'écoutais la nuit qui
frôlait les objets.
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Editions Apolline – Collection Les 2 Encres – Gencod : 9782845560147 –
ISBN : 2-8455-6014-1 – Format : 16x24 – pages : 160 – Prix : 19,67 euros
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